« Je te l’ai dit que cela n’allait pas marcher », lui a il lancé. « Tu n’arrêtes pas de te tourner en ridicule ! Sois raisonnable au moins une fois, toi et les projets ne ferez jamais un ! »
« Têtue » ajouta il avant de claquer la porte de l’appartement pour rejoindre son travail.
Elle demeura immobile une dizaine de secondes tandis qu’elle entendait le bourdonnement de sa voiture dans un mouvement de démarrage violent, puis détourna son visage vers le paysage habituel de son chez elle. Le fauteuil où s’asseyait son mari tous les soirs avec la pile de magazines et de journaux à coté, la panoplie de télécommandes, qu’elle a eu le soin de ranger pour lui dans un petit panier, plus haut pendue au mur une photo ravissante d’elle et lui, les premiers jours le grand sourire affiché sur son visage a elle frais et rosé, sourire timide plus sérieux bien que jovial sur son visage à lui, où pointait la barbe d’un jour.
« Pourquoi ?» se demandait elle. « Mais que se passe il enfin ? » traduisait l’expression étonnée de ses yeux. Involontairement, deux larmes chaudes ruisselèrent et formèrent une goutte limpide qui tomba dans un fracas subtil sur les papiers qu’elle avait en main.
Son projet datait de quelques mois et elle n’arrivait toujours pas à joindre les deux bouts. Sa librairie, pourtant installée dans un quartier chic en plein centre ville ne semblait pas attirer les clients. Pourtant les livres qu’elle tenait à fournir pour eux étaient tous des Best Sellers, des histoires policières, romans classiques, des livres à l’eau de rose pour les esprits romantiques, de différentes langues, pour divers âges, des magazines d’actualité pour hommes, pour femmes, pour enfants, de sport, de beauté, de santé…il y avait de tout le tout positionné joliment et rangé avec goût par ses mains habiles. Les mêmes doigts fins et beaux qui tenaient maintenant son constat de mort : les dettes qui faisaient effet de boule de neige jour après jour menaçant de mettre fin à son projet en emportant avec eux toute la fierté et l’enthousiasme qui l’animaient.
Elle affrontait des problèmes, c’était sûr, mais pourquoi est ce que Rachid s’obstinait à essayer de la rabaisser ? N’était il pas son rôle de l’épauler, de la soutenir, de l’aider à trouver des solutions.
« Il a peut être raison », « J’ai commis une erreur » a elle pensé un millième de secondes puis s’est ressaisie, « Non, je savais que j’allais faire quelques faux pas mais sinon j’ai tout planifié on ne peut mieux, j’ai pensé à tout, ça va marcher ! »
Dans un mouvement résolu, elle prit son sac et se lança vers la porte de chez elle, tout son être traduisait une nouvelle volonté de réussite, un désir de défi.